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Demande de déclaration d’Utilité Publique - Cigéo - Bure (Petr du Pays Barrois) : 03/2021

Benoît Dejaiffe,
Mathias Raulot,
Conseillers municipaux et communautaires

Intervention lors du Conseil syndical du Petr du Pays Barrois - 03/2021

Nous demandons un avis défavorable du Pays Barrois à la DUP Cigéo.

Les agences d’évaluation du projet relatent que des conséquences négatives du projet sont réelles, susceptibles d’être irréversibles pour une partie de l’humanité et encouragent la désertification du territoire pour limiter les risques pour la population.

Nous, élus, nous devons agir conformément au principe de précaution. Les deux principes éthiques fondamentaux de prudence et de responsabilité vis-à-vis des générations futures sont à respecter « quoi qu’il en coûte » pour reprendre la formule du Président de la République.
La posture éthique des élus est une éthique de responsabilité. La question que nous nous posons est celle posée par le philosophe Hans Jonas : « Comment pouvons- nous vivre avec la nature, ou comment la nature peut-elle subsister avec nous ? » Grâce à une éthique qui « empêche le pouvoir de l’homme de devenir une malédiction pour lui ». La crainte de ce projet fait partie de la responsabilité tout autant que l’espérance qu’il peut générer chez certains.

Mais si l’espérance est une condition de tout agir, on ne peut jamais savoir à l’avance ce qui nous attend ; c’est pourquoi, il faut « se tenir responsable par avance même pour l’inconnu ».

Plus on peut craindre l’avenir, plus est nécessaire une heuristique de la peur pour prendre conscience des problèmes afin d’éviter le pire. Notre responsabilité, c’est bien de se soucier de l’autre. Et plus la crainte est forte, plus le souci de l’autre doit être fort.

Quand on parle d’environnement, on n’évoque pas que l’épanouissement de quelques papillons sur des fleurs rares. On parle aussi de santé publique, on parle aussi de migration de population, on parle de conséquences irréversibles sur toutes les générations futures.

La question posée n’est pas de savoir si on est « pour » ou « contre » le nucléaire. La question n’est pas de répondre à ce discours si récurrent : « il y a des déchets, il faut bien en faire quelque chose ». Il s’agit de rendre un avis sur les conséquences (environnementales et économiques) du projet présenté eu égard aux documents et aux évaluations disponibles à l’heure actuelle sur le sujet. S’il est légitime de s’interroger sur des résultats scientifiques, le scepticisme ambiant à l’égard de la science ne doit pas nous aveugler dans notre décision.

Le développement économique est à penser là aussi dans sa dimension éthique. Je rappelle que les accidents de la route participent à la croissance économique. Ils font vendre des voitures, des assurances, obligent à aménager des routes. Mais est-ce une croissance économique de ce type que nous voulons ? Raser des villages, bétonner pour faire des routes et des ponts, faire venir l’armée pour gérer des crises, recruter des pompiers contre les risques d’incendies, attirer des experts pour examiner la pollution des cours d’eaux. Est-ce que ce sont ces perspectives de croissance-là que nous souhaitons ?
Les autres territoires ne bénéficient pas de la manne financière. Et pourtant ils font des projets et se développent. C’est donc que c’est possible de faire sans. L’argument de la compensation financière n’est pas recevable. Il est « trop facile » et l’argent ne justifie pas tout.

Le projet Cigéo a fait l’objet d’un avis récent de l’Autorité Environnementale (AE).

L’AE s’appelle officiellement « Autorité de l’État compétente en matière d’environnement ». Le fait qu’elle ait été saisie du dossier Cigéo correspond aux démarches légales pour un dossier aussi important que Cigéo.

Il n’est pas demandé à l’AE d’émettre un avis positif ou négatif sur le projet, mais d’analyser les documents présentés par l’Andra et de faire des recommandations. L’avis est un document de 56 pages qui alterne constatations et recommandations. Il vaut la peine d’être parcouru.

Dans les lignes qui suivent, nous citons entre guillemets des extraits du rapport que je tente ensuite de traduire en clair.

1- “L’AE recommande de présenter la surveillance à long terme qui est prévue et les moyens employés pour diminuer les risques à long terme après fermeture du stockage.”
En clair : La surveillance à long terme du site n’est donc, selon l’AE, pas assez étudiée et il faut encore diminuer les risques sur le long terme.

2- “L’AE recommande de compléter le dossier par l’analyse de la composition chimique des matériaux qui seront extraits du sous-sol pour constituer les verses afin d’évaluer le risque de transfert de matières solides toxiques dans l’air et les eaux.”
En clair : on ne connaît pas bien la composition de tout ce qu’on va sortir de terre pour creuser les galeries et, donc l’effet de ces tas de matériaux qu’il va falloir entasser à la surface.

3- “L’AE recommande de comparer les avantages et les inconvénients environnementaux, y compris à très long terme, des différents types de stockage pour pouvoir démontrer que le choix de la couche d’argilite du Callovo-Oxfordien est bien le plus adapté pour engager aujourd’hui l’avenir sur plusieurs millénaires”
En clair : L’AE rappelle que, depuis le début, le seul et unique sujet étudié par l’Andra a été l’enfouissement des déchets nucléaires à Bure. De ce fait, il ne peut être affirmé que cette solution soit la meilleure. C’est juste la seule qu’on ait étudiée. Malgré la loi de 1991 qui indiquait plusieurs pistes de recherches. Ignorées. Bref, l’AE nous dit qu’on s’engage sur plusieurs millénaires alors que le travail d’études n’est pas complet !

4- “L’AE recommande de reprendre, une fois complétée la connaissance de l’état actuel, la comparaison des incidences environnementales de plusieurs variantes d’implantation des différentes composantes du projet.”
En clair : L’AE nous dit qu’en plus de n’avoir pas étudié d’alternatives à l’enfouissement, l’ANDRA n’a pas non plus sérieusement étudié différentes possibilités de disposition des installations sur place. Et c’est vrai que l’impression est que la répartition des installations est plus liée à des questions politiques et financières qu’à des raisons scientifiques…

“L’AE recommande :
- de justifier, au regard du principe de précaution et du nécessaire contrôle de la société sur le stockage à long terme, le projet de développement du territoire qui en l’état actuel augmente le niveau d’enjeu face au risque d’exposition à la radioactivité et risque de banaliser le territoire ;
- d’évaluer l’intérêt de solutions alternatives qui permettraient de diminuer le risque à très long terme et, à tout le moins, de déterminer les conditions d’une compatibilité à long terme entre l’activité de stockage et les autres activités du territoire.”
En clair : Puisque les risques de ce projet ne peuvent être totalement maîtrisés, l’AE demande s’il est bien raisonnable de chercher à développer le territoire autour de Bure. Mieux (pire ?), l’AE indique : “compte tenu de la nature du projet et des incertitudes qui portent sur les risques à long terme, il serait rationnel, en application du principe de précaution, de chercher à limiter durablement la population exposée à l’aléa, même si celui-ci est très faible.”

Désertifier le territoire… Sur quel rayon ? Mandres est à 2.5 km. Montiers à 7 km. Gondrecourt, 11 ; Ligny, 22 Saint-Dizier, Commercy, Bar le Duc une trentaine…

“L’AE recommande de compléter le dossier par une évaluation des incidences environnementales et sanitaires à court, moyen et long termes liées aux fonctionnements en mode dégradé ou à l’occurrence de situations accidentelles pendant la phase de fonctionnement du site et ultérieurement”.
En clair : L’Andra n’a étudié que les situations normales. Il n’y a pas, dans le dossier, d’analyses de ce qui se passerait en cas d’accident. Or, on le sait, l’activité à Bure ne consistera pas uniquement à enterrer des colis. En surface, ils seront amenés, stockés, manipulés, conditionnés... Le risque lié à ces manipulations ne peut pas être nul. Il n’est pas analysé.

Bref, après le rapport de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, en 2018, qui remettait en cause bien des aspects du projet Cigéo, le rapport de l’Autorité Environnementale vient remettre une couche : 30 ans après de début des études, le dossier n’est visiblement pas prêt et bien des zones d’ombre persistent.

Depuis ce temps, des sommes importantes ont été dépensées sur le territoire pour favoriser le développement économique. Avec pour effet des villages qui s’éteignent doucement entre des mairies flambant neuves, des trottoirs en marbre et des éclairages publics design à économie d’énergie. En point d’orgue, la fermeture du collège de Montiers sur Saulx. Aujourd’hui, apparaît, dans un document officiel, la nécessité de désertifier le territoire.

Nous considérons qu’il venu le moment de cesser de ne voir en ce projet qu’une manne financière irriguant le territoire. Il est temps que les politiques locales s’intéressent aussi aux autres aspects du projet : environnement, vie locale, santé, risques… Or, rapport après rapport, les autorités gouvernementales chargées de donner un avis sur ce projet nous rappellent que le projet Cigéo n’est visiblement pas prêt, que bien de ses aspects restent obscurs. Que ce projet mène à la désertification du territoire.

Qu’allons-nous dire à nos enfants ou petits-enfants en rentrant ce soir ? « Soyez prêts à faire vos valises » !
Quel est le sens de notre action d’élus si la finalité est de raser le territoire ? A quoi servent nos projets d’aménagement du territoire si nous validons la désertification ?

Dans ces conditions, dans l’intérêt du territoire, de ses habitants et de leur descendance, nous souhaitons que le Pays Barrois émette un avis défavorable à la DUP de Cigéo.

Benoît Dejaiffe & Mathias Raulot



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