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Un texte de Pascal "Tout est calme, trop "- 17/04/2007

Je me souviens du 21 avril 2002...

Je me souviens de nos regards, de nos cris, de nos espoirs barbouillés de brun, je me souviens de nos trouilles, de nos manifs, de nos actions, de nos résolutions d’alors.

Le 21 avril 2002, c’est déjà loin, c’est du passé... et pourtant tout est en œuvre pour que cela recommence.

Le 21 avril 2002, c’était hier et certains d’entre nous ont déjà tout
oublié, s’apprêtant dimanche à remettre ça pour un tour.

Le 22 avril 2007, c’est déjà demain et certains nous disent d’ailleurs
qu’avec eux, demain tout devient possible !

Personne aujourd’hui n’est en mesure de savoir ce qui se passera vraiment dimanche mais ce que l’on devrait tous savoir c’est que ça ne se jouera qu’entre quatre candidats et entre ces quatre-là, les résultats seront serrés, très serrés. Et deux seulement resteront pour le deuxième tour et là aussi tout les scénarios sont possibles : Sarkozy/Royal, Sarkozy/Bayrou, Le Pen/Royal... ou Sarkozy/Le Pen !

Ce dimanche comme il y a cinq ans la gauche peut très bien être absente du 2e tour !

« Si les professionnels d’la trouille
Parviennent à nous rallier tremblants
Et qu’on condamne la débrouille
Au nom d’un dangereux ordre puant

Y’aura d’la merde dans nos urnes
Et ce silence on s’le mang’ra
Journées nocturnes et chemises brunes
J’ai peur mais faut pas que ça s’voie

Tout est calme

Trop »

chante Loïc Lantoine dans son dernier album intitulé « Tout est calme ».

Parce que je me souviens du 21 avril 2002 et que je me souviens de tout ce que j’ai dis à ce moment-là, de tout ce que j’ai fait ou essayer de faire depuis ce temps-là, je vous envoie ce mail politique que je vous demande de prendre le temps de lire pour vous dire simplement à vous, amis, camarades, connaissances ou personnes dont l’adresse électronique est inscrite dans mon ordinateur qu’on ne m’y reprendra plus.

Je cherchais les mots, j’ai trouvé en plus des miens ceux d’Ariane
Mnouchkine dans ce texte magnifique intitulé « Pour Ségolène Royal »
(Libération du 11 avril) et qui traduit ce que nous sommes quand même
quelques uns à ressentir :

« (...) Pendant ce temps, celui que bien imprudemment certains s’obstinent à classer quatrième alors qu’il y a cinq ans... vous vous souvenez ?

O nos visages blêmes, nos mains sur nos bouches tremblantes et nos yeux
pleins de larmes. O ce jour-là nos visages... les avons-nous déjà oubliés ?
La honte de ce jour-là, l’avons-nous déjà oubliée ? Voulez-vous les revoir, ces visages ? Moi, non.

Voilà pourquoi, même si je respecte leurs convictions, et en partage plus d’une, je ne veux pas que ceux qui pratiquent l’opposition radicale, jusqu’à en prôner la professionnalisation durable, nous entraînent dans leur noble impuissance.

Voilà pourquoi je pense que nous, le soir, dans nos dîners, devons cesser nos tergiversations de précieux ridicules. C’est du luxe. Un luxe insolent aujourd’hui. Beaucoup dans ce pays ne peuvent se le payer. Ils souffrent.
Ils sont mal logés, ou pas logés. Ils mangent mal. Ils sont mal soignés, ne connaissent pas leurs droits, donc n’ont droit à rien. Ni lunettes, ni dents, ni vacances, ni outils de culture. Leurs enfants n’héritent que de leur seule fragilité. Ils souffrent. Ils sont humiliés. Ils ne veulent pas, ils ne peuvent pas, eux, passer un tour. Encore un tour. Jamais leur tour.

Dépêchons-nous. Il y a du monde qui attend. Allons-y, bon sang ! Vite !
Cette femme, eh oui, cette femme porte nos couleurs, elle les porte
vaillamment, courageusement, noblement. Et quand je dis couleurs, je ne
parle pas des seules trois couleurs de notre drapeau. Je parle des couleurs de la France, celle que j’aime, celle de la citoyenneté vigilante, de la compassion pour les faibles, de la sévérité pour les puissants, de son amour intelligent de la jeunesse, de son hospitalité respectueuse et exigeante. Je parle des couleurs de l’Europe, à qui nous manquons et qui nous manque.

Voilà pourquoi je vote pour les travaux d’Hercule, je vote pour Ségolène Royal, et je signe son pacte »

Et pour faire écho à la colère d’Ariane Mnouchkine face à ces multiples
autres candidats de gauche et à leur « noble impuissance », le philosophe Etienne Balibar - considéré comme une des références intellectuelles de l’extrême gauche - annonce lui aussi qu’il votera pour Ségolène Royal pour faire échec à la droite en dénonçant au passage « les chapelles qui composent la « gauche de la gauche » (et qui) se livrent une concurrence consternante qui révèle un électoralisme encore plus fort que chez les partis de gouvernement. (...) ». « C’est la faiblesse de la « gauche de la gauche » qui risque de faire gagner la droite dure, autant que le désenchantement des ouvriers, des enseignants et des classes moyennes envers le PS » insiste un Balibar, très lucide mais pour qui l’urgence de ces élections est de « faire échec à la droite, dont le principal candidat vise une polarisation accrue de la société française, l’inscription de la xénophobie dans les institutions, la liquidation du droit de grève et la commercialisation de la culture ». Et Balibar de préciser aussi : « Je n’ai rien à objecter au fait que Ségolène Royal revendique certains symboles patriotiques, dès lors qu’elle se prononce en même temps pour la régularisation d’une immigration de résidence autour de la scolarisation des enfants. Cela traduit une conception ouverte de la nation, à partir de laquelle toute la gauche, avec ses différentes sensibilités, peut s’atteler à une synthèse de l’identité française et de l’ouverture au monde du XXIe siècle ».

Parce que je n’ai pas envie de sales matins bruns ou bleus foncés, parce que je n’ai pas envie que mon fils et tous les mômes de son âge grandissent pendant cinq ans ou dix ans dans un état sarkozyste, ce dimanche dès le premier tour, avec la lucidité et les doutes d’Etienne Balibar, avec la rage et l’espoir d’Ariane Mnouchkine, je voterai Ségolène Royal pour être sûr que la gauche soit présente au 2e tour.

Pascal DIDIER

16 avril 2007



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