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Une politique migratoire qui sacrifie la dignité ne peut être efficace - mars 2018

Une politique migratoire qui sacrifie la dignité ne peut être efficace

Marie-Laure FAGES, Secrétaire nationale aux Droits de l’Homme et à l’Humanitaire

Il est légitime, et même incontestable, que le Président de la République décide de la politique migratoire du pays. Toutefois, il ne saurait le faire n’importe comment.

La politique migratoire républicaine repose en effet sur un équilibre entre dignité et efficacité : la dignité que l’on doit aux personnes, l’efficacité que l’on vise dans les procédures dans le respect de l’Etat de droit. Contrôler ? Oui, sans remettre en cause l’accueil inconditionnel dans les centres d’hébergement. Reconduire ? Oui, sans jamais restreindre les droits des demandeurs d’asile. Accélérer les procédures ? Oui, sans diminuer la qualité de traitement des demandes. C’est cet équilibre que François Hollande avait poursuivi pendant son quinquennat et nous pouvions escompter qu’Emmanuel Macron prolonge cette politique.

N’est-ce pas lui qui en juin dernier, aux cotés d’Angela Merkel qu’il citait en exemple, déclarait « Nous devons accueillir des réfugiés car c’est notre tradition et notre honneur » ; un mois plus tard, n’est-ce pas lui encore qui affichait l’objectif « d’ici la fin de l’année, de ne plus avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus ». Or c’est cette ambition que le gouvernement Macron-Philippe est en train de rompre brutalement au prix d’un dangereux double langage.

D’un côté, il affirme poursuivre la création de places d’hébergement d’urgence engagée sous le quinquennat précédent mais d’un autre coté il publie la circulaire Collomb pour faire le tri des sans-abris. D’un coté, il fait la promesse de sanctuariser l’asile mais d’un autre côté il veut restreindre les délais de dépôt des dossiers de 120 à 90 jours et ceux des recours de 30 à 15 jours. D’un coté, il sait parfaitement que les deux tiers des expulsions en rétention ont lieu dans les douze premiers jours, mais de l’autre côté il veut allonger cet enfermement de 45 à 90 voire 115 jours.

Le Parti socialiste souhaite que l’examen parlementaire du projet de loi « Asile et Immigration » soit l’occasion d’un véritable temps de débat et de co-construction de la politique migratoire de la France. Pour permettre qu’il se déroule dans un climat apaisé, le Parti socialiste réitère sa demande de retrait de la circulaire Collomb qui porte atteinte à notre tradition et à notre honneur.



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