Articles > A lire > Enseignement & formation

  Articles populaires  
  Popularité 100 % : 5 minutes pour convaincre #10 - 28 mai 2017  
  Popularité 100 % : Elections départementales : résultats par canton (2ème tour)  
  Popularité 100 % : Le nombre de candidats aux concours de professeurs 2012, le déni de Luc Chatel - 22/07/2011  
  Popularité 100 % : Un budget responsable maintenant plutôt qu’un jeu politicien - 09/08/2011  
  Popularité 100 % : François Hollande : 01 mars 2012  
  Popularité 100 % : Conseil général - séance plénière du 30 octobre 2014  
     

Enseignement - projet de budget pour 2009 - 11/2008

Projet de loi de finances pour 2009 - Enseignement scolaire
4 novembre 2008

Sandrine Mazetier (groupe socialiste, radical et citoyen)

Votre projet de budget pour 2009 est la copie conforme de celui que vous nous présentiez l’an dernier, en pire : 13 500 postes supprimés, contre déjà 11 200 l’année dernière !

Ce budget poursuit un seul et même objectif : réduire par tous les moyens le nombre de postes dans l’éducation nationale, même si cela implique de ne tenir aucun compte des rythmes d’apprentissage des enfants, avec la semaine de quatre jours ; de ne plus accueillir les enfants de moins de trois ans en maternelle ; de sacrifier la formation de jeunes diplômés qu’on va mettre à la sortie de leur master devant des classes, sans qu’ils aient jamais appris à enseigner, comme si enseigner n’était pas un métier.

Non, pour atteindre cet objectif, vous ne reculez devant rien ! Vous n’hésitez ni à mettre fin au traitement de la difficulté scolaire à l’école, avec la suppression des RASED ; ni à réduire encore le nombre d’adultes présents dans les collèges et les lycées, avec des milliers de suppressions de postes dans le secondaire ; ni à remettre, sur le papier, devant des classes, des enseignants dont vous savez bien qu’ils n’y resteront pas une semaine !

Il y a, en revanche, des choses auxquelles vous avez manifestement renoncé, à commencer par le remplacement des professeurs malades : il faut en effet aujourd’hui un congé maladie d’au moins quinze jours pour qu’un enseignant en collège soit remplacé.

Vous avez renoncé à opérer une vraie modulation des effectifs des classes en fonction des besoins et des publics des établissements, comme si tous les établissements et tous les élèves étaient les mêmes, et à attaquer les inégalités à la racine, c’est-à-dire dès le plus jeune âge et dans les territoires où elles se creusent. Mais, surtout, vous avez renoncé à réformer l’école avec la communauté éducative et les parents d’élèves.

L’ensemble des réformes que vous avez menées au cours de l’année qui vient de s’écouler ont en effet deux points communs :

Elles ont été conçues et conduites unilatéralement par votre cabinet, sans souci de concertation avec les acteurs concernés. Elles appliquent des règles générales et abstraites à des établissements, des élèves et des situations très divers.

Ainsi en a-t-il été de la suppression de l’école le samedi matin, annoncée un beau jour sans que les mairies en aient été prévenues et aient pu l’anticiper, comme il en fut du soutien scolaire, du bac professionnel, de la carte scolaire, de la réforme du lycée, du service minimum, des programmes, de la fin des IUFM, des heures supplémentaires, etc. J’arrête cette fastidieuse litanie. Son seul objet, monsieur le ministre, était de rappeler votre méthode : passer du coq à l’âne, multiplier les annonces, faire semblant de résoudre des problèmes qui ne se posent pas pour éviter de traiter les vrais problèmes que rencontre l’école.

Nous, nous n’ignorons pas ces problèmes. C’est pourquoi nous formulerons pendant ce débat des propositions alternatives à celles que vous nous présentez, par exemple celle consistant à investir massivement dans la maternelle au lieu de la caricaturer, pour garantir l’accueil de 100 % des enfants de trois ans et accueillir davantage les moins de trois ans, parce que c’est dès deux ans, à l’âge de l’apprentissage de la langue, qu’il faut agir et tout particulièrement pour les enfants dont le premier bain linguistique n’est pas le français.
Nous proposons de maintenir les réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté – RASED. Les 3 000 postes que vous supprimez, ce sont 3 000 professeurs des écoles qui se sont formés spécifiquement à identifier et résoudre les blocages et les difficultés d’apprentissage des enfants. Et chacun sait ici – à part peut-être vous, monsieur le ministre, et manifestement, en tout cas, le collègue qui s’est exprimé avant moi – que ces blocages dépassent très largement le problème de compréhension momentanée que vous évoquiez ici même la semaine dernière en réponse à une question d’actualité du groupe socialiste.

Avouez qu’il y a quand même un paradoxe à supprimer les RASED, qui accompagnent les enfants individuellement, dans leur école, dans le temps scolaire, et à maintenir, dans le projet de loi de finances pour 2009, les dizaines de millions d’euros de cadeaux fiscaux aux familles qui font appel à des officines privées de cours particuliers à domicile. Je le rappelais la semaine dernière en commission : c’est un marché qui a flambé, générant en 2007 plus de 160 millions d’euros de volumes d’affaires pour les six principales enseignes du soutien scolaire !

La moitié de cette somme permettrait de maintenir les 3 000 postes de RASED que vous supprimez et de pérenniser les auxiliaires de vie scolaire.

Nous proposons de donner de vrais moyens à l’éducation prioritaire au lieu, comme vous le faites, avec un sens aigu de l’ironie, de subventionner généreusement la création d’établissements privés dans des quartiers populaires où vous réduisez les moyens de l’école publique, ou de dépenser des centaines de millions d’euros en heures supplémentaires saupoudrées à l’aveugle partout sur le territoire.

Vous n’êtes d’ailleurs pas très optimiste sur le dispositif des heures supplémentaires que les enseignants ne prennent ni facilement ni massivement, et d’autant moins, d’ailleurs, qu’ils exercent dans des établissements difficiles.

C’est ainsi, monsieur le ministre, que vous ne prévoyez que 13 millions d’euros pour la prime spéciale créée pour les enseignants qui assureraient au moins trois heures supplémentaires. Vous savez, en effet, que moins de 5 % des enseignants du secondaire sont prêts à assumer un service plus alourdi, soit, comme vous avez coutume de le dire, « pas l’épaisseur d’un trait ».

Vous le constaterez, contrairement aux vôtres, nos propositions ne s’adressent pas à une école abstraite, à des élèves désincarnés. Elles se penchent sur la diversité des établissements, des enseignants, des élèves, des besoins de chacun. Nous avons, en effet, la ferme conviction que, pour garantir la réussite éducative de tous, il faut s’intéresser à chacun, qu’il faut accompagner chaque élève en fonction de son histoire et de son rythme d’apprentissage, sortir des carcans, des statistiques et des standards généraux qui ne correspondent à aucune réalité. Nous sommes convaincus qu’il faut faire confiance aux enseignants et à la communauté éducative dans son ensemble pour faire ce travail.

La crise de l’école dont on nous rebat les oreilles depuis des années, c’est d’abord et avant tout une crise de confiance dans l’école. Or rien, dans vos annonces, dans vos décisions, ne vient restaurer cette confiance et apaiser un climat qui s’est terriblement alourdi en quelques années.

Vous n’êtes naturellement pas responsable, monsieur le ministre, du drame épouvantable qu’a constitué le suicide à l’issue de sa garde à vue d’un enseignant de trente-huit ans dans l’Aisne en septembre dernier, pas plus que vous n’êtes responsable des agressions d’enseignants qui se multiplient, qu’elles soient le fait de parents d’élèves ou même maintenant d’élèves mineurs.
Mais ces drames témoignent d’un climat de défiance, voire d’hostilité à l’égard du monde enseignant, que nous aurions tort d’ignorer. Et on ne peut pas s’empêcher de penser qu’un discours lancinant, toujours négatif sur les performances de l’école et du système, que des caricatures sans cesse véhiculées sur les enseignants qui seraient, par principe, opposés à toute réforme contribuent à entretenir ce climat.

Alors, pour ne pas achever mon intervention sur une tonalité trop sinistre : ce budget n’est pas voté ! Il est encore temps, monsieur le ministre, de revenir sur des décisions peut-être un peu hâtives, sur des mesures peut-être un peu schématiques. Nous vous proposons quelques amendements, peu nombreux, mais très importants. Ils ne représentent pas un euro de plus, aucune dépense supplémentaire, mais ils permettraient de sortir du prêt-à-porter et du prêt-à-penser sur l’école pour faire du sur-mesure.

Permettez moi aussi d’évoquer deux bonnes nouvelles de l’année qui vient de s’écouler :
La Palme d’or décernée à Cannes au film de Laurent Cantet, Entre les murs. Ce film est, d’abord et avant tout, une oeuvre cinématographique, mais il a aussi valeur de témoignage sur la réalité du quotidien d’un enseignant face à sa classe dans un collège dit difficile – près d’un collège sur cinq est aujourd’hui dans cette situation en France –, sur la réalité des élèves d’aujourd’hui, de leur envie d’apprendre, de leurs difficultés, de leurs histoires. Cette oeuvre témoigne enfin du formidable potentiel de l’école, dès que l’on pose sur elle un regard bienveillant. Et bienveillance ne signifie pas complaisance.

La seconde bonne nouvelle, c’est que ce film classé « Art et essai » a dépassé 1 200 000 entrées il y a quinze jours. Cela montre l’intérêt et l’attachement indéfectible de nos concitoyens à leur école, à l’école de la République d’aujourd’hui, loin de toute nostalgie et de tout fantasme, en prise avec le réel, avec tout l’espoir que nous mettons en elle pour nos enfants et pour l’avenir de notre pays.



  Derniers articles  
  23/05/2018 : Parcoursup : une loterie qui renforce les inégalités sociales - 22/05/2018  
  23/05/2018 : Nicolas Hulot, l’arbre qui cache une forêt de renoncements - 18/05/2018  
  23/05/2018 : Réforme de l’Etat : le Gouvernement doit changer de méthode - 18/05/2018  
  23/05/2018 : Réaction du Parti socialiste à la crise environnementale et sanitaire des « sargasses » - 16 mai 2018  
  16/05/2018 : Jeudi 17 mai sur France 2 : Olivier Faure vous donne rendez-vous  
  16/05/2018 : Réaction du Parti socialiste à la crise environnementale et sanitaire des « sargasses » - 16 mai 2018  
     


Tous droits réservés à leurs auteurs respectifs.
Contactez-nous : fede55@parti-socialiste.fr - 1 place Maurice Genevoix 55100 VERDUN - Téléphone/Fax : 03 29 84 55 62
Site développé pour une résolution de 1024x768 avec Internet Explorer 6+, Mozilla Firefox 1+, Opera 8+, Safari 2+
XHTML 1.0 CSS 2.1 Mozilla Firefox
Propulsé par : SPIP - Conception : Olivier ROUET