RTL - INVITE – LE 27/04/2007 – 07 :50 - Invité : François BAYROU, président de l’UDF.

 

Christophe HONDELATTE : Jean-Michel APHATIE, vous recevez ce matin donc l’homme qui est arrivé 3ème au  premier tour de la présidentielle.

Jean-Michel APHATIE : Bonjour François BAYROU.

François BAYROU : Bonjour.

Jean-Michel APHATIE : Le débat que vous deviez avoir sur CANAL+ demain avec Ségolène ROYAL a été annulé par la chaîne. CANAL+ explique que les règles prévoyant l’égalité de temps de parole entre les deux finalistes du deuxième tour empêche l‘organisation de votre dialogue avec la candidate socialiste. Comment réagissez-vous à cette annulation François BAYROU ?

François BAYROU : Lorsque j’ai tenu une conférence de presse mercredi, j’ai parlé de la part de Nicolas SARKOZY d’intimidation et de menace. C’est exactement là qu’on en est. Ce débat qui avait été organisé à la demande de CANAL+, nous avions décidé... j’avais été invité à un débat par Ségolène ROYAL, j’ai accepté et j’avais dit que si Nicolas SARKOZY m’invitait à un débat, j’accepterai aussi. Ce débat qui a suscité beaucoup d’intérêt... je veux rappeler que Ségolène ROYAL et moi, nous avons ensemble recueilli près de 45 % des voix, ce qui est une part très importante des citoyens français qui ont droit à avoir des explications démocratiques entre les candidats, avoir leurs convergences et leurs divergences, avoir leurs rapprochements et au contraire leurs affrontements. Ce débat avait été organisé par CANAL+ à la demande de la chaîne. Et puis s’y était joint un certain nombre d’autres télévisions et radios. Il se trouve que ce débat a été annulé en arguant ou en prétendant qu’il y avait des règles du CSA et une demande du CSA qui empêcherait la tenue du débat, ceci est absolument faux...

Jean-Michel APHATIE : Comment le savez-vous ?

François BAYROU : Parce que j’ai vérifié auprès du CSA ce qu’il en était, et parce que si jamais il y avait eu une intervention du CSA, elle aurait été susceptible de recours devant le Conseil d’Etat en référé, c’est-à-dire d’heure à heure, et que nous aurions ainsi sans aucun doute obtenu le respect de cette liberté. Il s’agit Jean-Michel APHATIE d’une liberté fondamentale des Français, et une part des enjeux de cette élection présidentielle, c’est le respect des libertés fondamentales des Français. Ici, par toute une série de réseaux que nous  connaissons tous, qui rapprochent de très grandes puissances financières et de très grandes puissances médiatiques autour de Nicolas SARKOZY, des interventions directes sont faites auprès des rédactions, sont faites auprès des chaînes de manière que l’information se trouve verrouillée. Je n’accepterai jamais que dans mon pays, on verrouille l’information. On est en train de choisir le chemin d’une régression immense, qui met en cause le droit élémentaire des Français à être informés. Et songez que Nicolas SARKOZY n’est pas encore élu, alors qu’en sera-t-il s’il est élu ?

Jean-Michel APHATIE : Dites-vous ce matin clairement sur RTL, François BAYROU, que si CANAL+ a annulé votre débat avec Ségolène ROYAL, c’est à la demande de Nicolas SARKOZY ?

François BAYROU : Je n’en ai pas la preuve mais j’en ai la certitude.

Jean-Michel APHATIE : Quand vous dites... au début de votre intervention, vous l’avez dit que le goût de l’intimidation...

François BAYROU : Je cherche la menace...

Jean-Michel APHATIE : Et de la menace de Nicolas SARKOZY ont pu jouer dans ce débat, c’est une intuition...

François BAYROU : C’est une certitude.

Jean-Michel APHATIE : Vous vous appuyez sur quoi ?

François BAYROU : Sur des témoignages nombreux.

Jean-Michel APHATIE : Des témoignages nombreux de gens qui vous ont dit...

François BAYROU : Des témoignages nombreux...

Jean-Michel APHATIE : Des intimidations ou des menaces ont été adressées à la direction de CANAL+ pour qu’elle annule le débat ?

François BAYROU : Pas seulement la direction de CANAL+, à tous ceux qui s’intéressaient au débat et avaient l’intention de le retransmettre.

Jean-Michel APHATIE : C’est une accusation grave François BAYROU !

François BAYROU : C’est une accusation certaine, je dis les choses comme elles sont. Comme vous savez, je suis quelqu’un de modéré qui a toujours défendu la liberté, chez nous et ailleurs. Je l’ai défendue encore en Pologne parce que GEREMEK se trouve sous le coup d’une menace de lui retirer son mandat de député européen, et ce que je défends en Pologne je le défendrai en France. Ce que j’ai défendu contre les régimes de l’Est, je le défendrai en France. Je n’ai jamais transigé avec ce droit fondamental, cette liberté fondamentale qui est d’être informé. Ce que je dis là Jean-Michel APHATIE, tout le monde le sait. Il n’y a pas dans ce studio une personne qui ignore ce que je suis en train de raconter là...

Jean-Michel APHATIE : Ce que vous dites François BAYROU, c’est que les libertés sont menacées aujourd’hui en France ?

François BAYROU : Je dis avec certitude qu’il y a dans l’organisation de Nicolas SARKOZY, et depuis longtemps, une tentative de verrouiller l’information. Que ceci passe par des puissances très importantes que j’ai, tout au long de la campagne électorale, désigné comme étant un problème pour la France, ce réseau qui fait que se rapprochent de très grandes puissances financières, de très grandes puissances médiatiques et la puissance politique que Nicolas SARKOZY représente, il faut que vos auditeurs sachent que c’est un extraordinaire frein au progrès du pays. Un pays ne peut pas avancer s’il n’a pas information libre qui permet à chacun des citoyens de se faire une idée de son avenir. Et donc, je dis avec certitude que cela... Je ne peux pas accepter que cela se fasse, et donc autant qu’il dépendra de moi, je vous dis aussi (contrairement à toutes les informations qui ont été avancées) ce débat aura lieu. Parce que deux candidats qui représentent 45 % des Français, c’est un droit légitime pour les Français de savoir ce qui les sépare, quelle est leur vision de l’avenir. Puisque la confrontation n’a pas pu avoir lieu avant le 1er tour, il faut qu’elle ait lieu entre les deux tours.

Jean-Michel APHATIE : D’accord, nous y reviendrons sur le débat. Puisque vous dites François BAYROU avec une certaine force, peut-être aussi avec une certaine gravité, que le droit à l’information, la liberté à l’information pourrait se trouver menacée, est-il important pour vous ce matin de dire que Nicolas SARKOZY ne doit pas devenir président de la République ?

François BAYROU : Je dis que je ferai tout pour qu’en France, les libertés fondamentales soient respectées...

Jean-Michel APHATIE : Ce n’est pas ma question...

François BAYROU : Mais moi, c’est ma réponse...

Jean-Michel APHATIE : Je suis désolé... Non, j’y reviens. Est-ce qu’il est important pour vous que Nicolas SARKOZY ne soit pas élu président de la République ? Ma question est simple et elle est importante.

François BAYROU : Jean-Michel APHATIE...

Jean-Michel APHATIE : Est-ce qu’on peut y répondre sans s’en détourner ?

François BAYROU : Je ne suis pas là pour donner une intention de vote, j’ai dit que je le ferai si je dois le faire plus tard...

Jean-Michel APHATIE : Ce n’est pas ma question...

François BAYROU : Je suis là... Eh bien moi, je vous apporte ma réponse. Ma réponse  c’est : ne me tirez pas dans les intentions de vote parce que...

Jean-Michel APHATIE : Ce n’est pas cela que je vous demande...

François BAYROU : Naturellement, il ne restera que cela... il ne restera que cela de notre interview, ça n’est pas mon objet. Je parle au nom de 7 millions de personnes qui ont voté pour moi...

Jean-Michel APHATIE : Vous ne pouvez pas dire François BAYROU... Excusez-moi, vous ne pouvez pas dire...

François BAYROU : Vous allez revenir à la question, je veux simplement faire une phrase...

Jean-Michel APHATIE : Que les libertés publiques sont menacées et ne pas en tirer une conséquence, vous ne pouvez pas...

François BAYROU : J’en tire assez de conséquence pour être à votre micro, et pour dire ceci avec gravité. Il y a 7 millions de personnes qui ont choisi de voter pour moi. Ces 7 millions de personnes représentent la droite modérée pour une part, le centre pour une grande part, une partie de la gauche républicaine pour une autre part et des gens venus de l’écologie ou d’ailleurs. Ils ont tous un point commun, ils pensent que pour réformer notre pays, il faut qu’il se modernise, et que pour se moderniser, il est important qu’il accepte enfin des règles démocratiques qu’il n’a jamais acceptées jusqu’à ce jour. Or, au lieu d’aller dans le sens d’une correction de la 5ème République, avec des règles démocratiques mieux respectées, Nicolas SARKOZY dans sa pratique de tous les jours (que nous avons sous les yeux à l’occasion du débat) il va au contraire dans le sens d’un manque aggravé de ces règles. C’est la raison pour laquelle, j’ai dit l’autre jour qu’en effet il représentait pour moi un risque pour la France, j’ai dit : " le risque de Nicolas SARKOZY, c’est... il ne respecte pas l’équilibre des pouvoirs et il risque de briser la société française ". Et le risque de Ségolène  ROYAL c’est : " son programme économique et sa vision de l’Etat...

Jean-Michel APHATIE : ...Les visions ne sont pas équivalentes François BAYROU, vous en conviendrez, telles que vous les exposez.

François BAYROU : Eh bien je dis avec certitude que...

Jean-Michel APHATIE : Ils ne sont pas équivalents...

François BAYROU : Nous avons sous les yeux là, là, aujourd’hui, la preuve que cette propension ou ce choix de Nicolas SARKOZY de verrouiller l’information et le débat est nuisible pour la France. Je ne laisserai pas faire ce genre de chose.

Jean-Michel APHATIE : Vous convenez que les deux risques que vous exposez, vous ne les présentez pas de manière équivalente, vous en convenez...

François BAYROU : Non, je dis que l’un est un risque d’urgence sur la vie de notre pays, l’autre est un risque de moyen terme avec des choix économiques qui ne sont pas justes. Et je l’ai dit depuis le début.

Jean-Michel APHATIE : Plusieurs députés UDF qui vous soutiennent, qui vous ont soutenu pendant l’aventure présidentielle, appellent malgré tout, malgré ce que vous dites à voter pour Nicolas SARKOZY !

François BAYROU : Oui parce qu’ils croient (ces députés) que nous sommes revenus dans l’ancien schéma droite/gauche. Et moi, je vous dis qu’il ne s’agit pas du schéma droite/gauche, il s’agit de quelque chose de plus important. Quelle idée nous faisons-nous de la démocratie en France ? Et moi, ce point que nous avons sous les yeux aujourd’hui, il mérite que nous nous arrêtions une seconde en disant : " nous n’allons pas laisser faire ça ". La France, ce n’est pas un pays dans lequel qui que ce soit, fut-il candidat avec de puissants amis à la présidence de la République, peut verrouiller l’information et empêcher la démocratie de se déployer.

Jean-Michel APHATIE : François BAYROU était l’invité de RTL ce matin. Bonne journée.

FIN