TF1 - FACE A LA UNE – 18/04/2007 – 20 :35

Invitée : Ségolène ROYAL, candidate PS à la présidentielle

Patrick POIVRE D’ARVOR : Je voudrais d’abord informer nos téléspectateurs qu’il y a plusieurs semaines, nous avons procédé à un tirage au sort pour l’ordre du passage des quatre derniers candidats. Donc, vous l’avez vu, Nicolas SARKOZY, lundi, François BAYROU,hier, demain, Jean-Marie LE PEN et ce soir, Ségolène ROYAL, bonsoir !

Ségolène ROYAL : Bonsoir !

Patrick POIVRE D’ARVOR : Il se trouve que, justement, la coïncidence des événements fait que j’ai regardé le script et l’émission que nous avions consacrée à Lionel JOSPIN – c’était exactement aussi le mercredi, juste avant le 1er tour – je lui demandais s’il allait fendre l’armure, il me disait qu’il donnerait la réponse après le 2ème tour, et je lui disais : est-ce qu’il était vraiment sûr d’être qualifié ? Et à ce moment-là, il a eu cette réponse assez stupéfiante, il a dit : " Non, non, je ne suis pas sûr, mais le 5 mai, l’élection sera finie ", est-ce que vous, vous êtes sûre d’être qualifiée pour le second tour ?

Ségolène ROYAL : Je me bats, en tout cas, pour cela, parce que je crois que les Français doivent avoir droit au vrai choix dont ils ont été privés en 2002, et je me bats aussi parce qu’il y a un enjeu de société très fort, je veux mettre fin à ces brutalités, à ces précarités, à ces insécurités, à toutes ces formes de violence que subit aujourd’hui la société française ; en tout cas, c’est ce que les Français m’ont largement dit dans cette démarche participative où je les ai écoutés. Ils en ont envie… Ils en ont assez de cette France qui est tirée vers le bas, et ils ont vraiment envie d’un vrai changement, et donc, je me bats pour être au second tour ; et ce que je veux leur dire, ce soir, c’est surtout qu’ils viennent voter, qu’ils viennent voter en toute liberté, mais qu’ils viennent voter massivement à ce premier tour.

Patrick POIVRE D’ARVOR : Vous avez peur de cet appel au " vote utile " que revendique François BAYROU, en disant " moi, je serai le seul au second tour à pouvoir battre Nicolas SARKOZY " ?

Ségolène ROYAL : Mais je ne veux pas manipuler les électeurs. J’appelle à un vote conscient ! Je leur dis que je suis celle qui peut incarner le changement. Les deux autres candidats sont des candidats sortant, ils ont participé à la majorité sortante, ils ont voté toutes les lois sortantes, toutes les réformes sortantes. Donc, aujourd’hui, c’est vrai, ils proposent de faire autre chose, mais comment pourraient-ils être crédibles en promettant ce qu’ils n’ont pas fait hier ? Et puis je crois aujourd’hui, il y a un vrai choc de valeurs. On voit, dans cette dernière ligne droite, un vrai choc de valeurs. C’est-à-dire non seulement la fracture sociale s’est creusée, mais il y a aujourd’hui une fracture républicaine, une menace de fracture républicaine. On le voit dans l’accumulation des propositions et des déclarations des candidats de l’UMP.

François BACHY : Et pour vous, Nicolas SARKOZY et François BAYROU, c’est pareil ? c’est " DUPONT et DUPONT " comme dit Marie-George BUFFET ? Ou alors ils représentent des valeurs différentes, justement ?

Ségolène ROYAL : Je pense que Nicolas SARKOZY est un homme dangereux, on le voit sur plusieurs de ses propositions ; c’est un homme dangereux lorsqu’il développe un certain nombre de thèses, lorsqu’il avance, par exemple, des thèses génétique sur la pédophilie, je trouve que cette thèse est inacceptable. Moi qui me suis occupée, en tant que ministre de l’Enfance, des pédophiles, je puis vous dire qu’ils sont parfaitement conscients de ce qu’ils font et avec moi, la cause de la lutte contre toutes déviances sexuelles faites aux femmes et aux enfants sera décrétée Grande cause nationale et il n’y aura…

Patrick POIVRE D’ARVOR : Et François BAYROU, lui, n’est pas dangereux ?

Ségolène ROYAL : … Aucune faiblesse à cet égard. Il y a aussi, chez Nicolas SARKOZY, la défense d’une France des communautés, une forme de communautarisme. Moi, je crois à la République une, laïque et indivisible. Il a aussi promis les déremboursements de soins. Moi, je ne veux pas de la privatisation de la Sécurité sociale. Quant à François BAYROU, il le dit lui-même pour l’instant, il n’a pas de programme, puisqu’il attend de savoir…

François BACHY : Ce n’est pas tout à fait ce qu’il dit, quand même !

Ségolène ROYAL : Il l’a dit à plusieurs reprises ! Il a dit qu’il n’avait pas de programme…

Patrick POIVRE D’ARVOR : Ce n’est pas ce qu’il nous a dit hier soir, en tout cas… Il nous a énoncé un programme…

Ségolène ROYAL : Il a un petit peu évolué, oui, il y a quelques mesures, et surtout, il n’a pas d’équipe ! Puisqu’il en est à aller chercher, chez les socialistes, un ou deux futurs ministres.

François BACHY : Qui tous, ne disent pas non…

Patrick POIVRE D’ARVOR : Oui, ils ont l’air d’être assez satisfaits, là, Dominique STRAUSS-KAHN aujourd’hui, disait qu’il pouvait devenir son Premier ministre, à supposer, bien sûr, qu’il y ait une majorité socialiste à l’Assemblée en juin…

Ségolène ROYAL : Oui, c’est pour cela qu’il n’a pas tout à fait dit ce que vous venez de dire…

Patrick POIVRE D’ARVOR : Non. Dire, il l’a dit très précisément mais à supposer que…

Ségolène ROYAL : En tout cas, je crois qu’il est indécent, de la part de François BAYROU, de commencer à promettre des ministères, alors que le premier tour de l’élection présidentielle n’est pas encore passé.

François BACHY : Vous dites que vous êtes très sereine, justement, et puis au début, dans vos meetings, vous refusiez même qu’on attaque votre adversaire principal qui est Nicolas SARKOZY en disant : " Pas de ou " et maintenant, vous le faites même huer à la tribune de vos meetings. Pourquoi ce changement d’attitude ? C’est parce que c’est la loi électorale ?

Ségolène ROYAL : Non, ce n’est pas un changement d’attitude ! C’est que, aujourd’hui, nous sommes dans la campagne officielle. Et donc, nous sommes dans la confrontation projet contre projet. Et je veux, moi, réformer la France sans brutalité. Je ne veux pas d’une France qui dresse les Français les uns contre les autres ! Vous l’avez entendu, il dresse les fonctionnaires contre les non-fonctionnaires, ceux qui font grève contre ceux qui ne font pas grève, ceux qui auront droit aux heures supplémentaires, ceux qui n’y auront pas droit, ceux qui pourront se payer la Sécurité sociale privée et ceux qui ne pourront plus se faire rembourser les soins, ceux qui auront droit au bouclier fiscal, c’est-à-dire les plus riches et puis ceux qui auront droit à la précarité avec son nouveau contrat de travail ; donc…

Patrick POIVRE D’ARVOR : Cela, c’est le choc des idées, pour le moment, ce ne sont pas les hommes ! …

Ségolène ROYAL : C’est le choc des idées, je n’ai jamais attaqué les personnes. C’est le choc des idées. Et je crois que la démocratie a besoin de ce choc des idées parce qu’il y a là deux projets de société très différents, deux types de valeurs qui s’affrontent. Les siennes ne sont pas les miennes et je pense que celles que je défends correspondent davantage à ce dont la France a besoin, et en particulier à la lutte contre les formes de violences, les violences conjugales, les violences familiales, les violences scolaires, celles contre lesquelles d’ailleurs j’ai toujours lutté. Moi, je n’ai pas inventé des valeurs pour le temps d’une campagne électorale, elles ont toujours été les mêmes. Je pense que tout se tient dans la maison en France. Des familles qui fonctionnent bien, qu’on aide à bien fonctionner et si elles ne fonctionnent pas bien, on met les allocations familiales sous tutelle ; une école qui fonctionne bien, ouverte à tous et donc on donne le soutien scolaire gratuit aux élèves qui en ont besoin, mais on leur demande un effort ; du travail pour tous et donc on aide les entreprises à condition qu’elles embauchent, donc ce que je propose…

François BACHY : Et là justement, on vous dit que vous les aidez un petit peu trop, parce que votre contrat Première chance, il n’a pas été très bien compris par vos partenaires de gauche, en disant : " pourquoi ce sont les Pouvoirs publics qui doivent payer les charges mais aussi les salaires ? ", même si c’est pour une période limitée et que cela se négociera, j’imagine, avec les partenaires sociaux, après ?

Ségolène ROYAL : Parce que j’ai confiance dans tout ce qui marche et que cette expérience-là a été réalisée dans plusieurs de nos régions et ça a réussi ; c’est-à-dire que le chômage des jeunes a baissé. Avec des principes simples, avec un nouveau deal, un nouveau contrat avec les entreprises. Je crois qu’aujourd’hui, ce qui ronge l’équilibre de la société française, c’est le chômage. Et à la base, le chômage des jeunes. Quand on interroge les parents ou les grands-parents, ils nous parlent aussi du chômage des jeunes. Il y a aussi un chômage très élevé chez les plus de 50 ans, il y a du chômage aussi entre les deux, du chômage des femmes, mais si l’on réussit à lutter – et ce sera un combat principal – c’est-à-dire à remettre les jeunes au travail, ça permet aussi de lutter contre la délinquance. Il est beaucoup moins coûteux d’investir dans le travail et dans l’éducation en remettant l’éducation au cœur de tout, que guérir après, en mettant des jeunes en prison ou en réparant les dégâts que constitue la délinquance des jeunes dans les familles et dans les quartiers ! …

Patrick POIVRE D’ARVOR : Ségolène ROYAL…

Ségolène ROYAL : .. Donc, là aussi, il y a un choix de société.

Patrick POIVRE D’ARVOR : … Un mot sur le SMIC. Les six candidats qui sont à votre gauche, donc à l’extrême gauche, réclament tous le SMIC à 1.500 euros tout de suite ; vous, vous dites : progressivement. Est-ce que, pour obtenir leur ralliement au second tour, vous êtes prête à accepter que ce soit tout de suite, ces 1.500 euros ?

Ségolène ROYAL : Mais moi, je veux faire des réformes économiques équilibrées et crédibles. Et donc, je veux un équilibre entre la performance économique des entreprises et la justice sociale. Donc, dès que je serai élue, si les Français me font confiance, une conférence nationale sur les salaires et sur la croissance et sur les revenus sera réunie, c’est-à-dire qu’il y aura une décision immédiate sur la revalorisation du SMIC, des bas salaires et des petites retraites, mais je ne veux pas que cette réforme-là pèse sur les entreprises de main d’œuvre. Donc, il y aura des compensations, aussi, en terme d’allégements de charges, et des compensations en terme de créations d’emplois. On sera dans le " donnant donnant ", si l’Etat fait un effort en terme d’allégement de charges, alors les entreprises devront faire un effort pour embaucher sur des contrats à durée indéterminée. Mais ce qui est évident aujourd’hui, c’est qu’il y a trop d’inégalités entre les salaires. On a vu le scandale de l’affaire FORGEARD – d’ailleurs au passage, on vient d’apprendre que le gouvernement auquel appartenait Monsieur SARKOZY, était parfaitement au courant et qu’il a donné son feu vert pour que Monsieur FORGEARD parte avec…

Patrick POIVRE D’ARVOR : Ce que nie Thierry BRETON, à l’instant, oui…

Ségolène ROYAL : … Mais c’est lui, pourtant, qui l’a affirmé. Ecoutez, l’Etat est membre du Conseil d’administration, est actionnaire de cette entreprise. Donc je crois, en effet, que ces inégalités insolentes nous conduisent à définir des politiques salariales beaucoup plus justes et ces politiques salariales seront définies avec les partenaires sociaux, mais je veux des compromis sociaux, c’est-à-dire je veux à la fois que les entreprises deviennent plus performantes, mais que les salariés soient aussi mieux rémunérés parce qu’ils seront mieux formés, donc plus motivés dans leur travail, donc plus compétitifs avec l’entreprise. C’est-à-dire qu’au lieu de dresser les gens les uns contre les autres, on les rassemble, on fait converger les intérêts. C’est ça, la société que j’appelle la " société des cercles vertueux ".

Patrick POIVRE D’ARVOR : Ségolène ROYAL, un mot sur votre caractère, parce qu’on a posé des questions sur le caractère de Nicolas SARKOZY ; vous, vous avez annulé deux interviews au PARISIEN et au FIGARO qui étaient prévues aujourd’hui, et beaucoup de gens disent " mais elle n’en fait qu’à sa tête, a l’humeur du jour ", est-ce que c’est votre façon de fonctionner ? Est-ce que vous serez comme cela si jamais, un jour, vous êtes présidente ?

Ségolène ROYAL : D’abord, je suis une femme libre. Ce n’est pas tel ou tel journal qui définit mon rythme de campagne.

Patrick POIVRE D’ARVOR : Mais si vous avez pris l’engagement d’y aller…

Ségolène ROYAL : Non, parce que c’est soit moi, soit l’un de mes représentants, soit quelqu’un de mon équipe. Je n’ai pas pris d’engagement ! Nous sommes soumis à des injonctions comminatoires de tel ou tel organe de presse, mais moi, je suis une femme libre ! Ce qui est une garantie pour les Français ; puisque je ne dépends d’aucun groupe de pression, d’aucun groupe financier, je n’ai personne à placer, je suis une femme libre et ce qui me guide, c’est l’intérêt général. Et donc, aujourd’hui, je suis en dialogue direct avec les Français. Ce qui m’importe, c’est de savoir où je suis le plus utile. Et au lieu de donner ces interviews, je suis allée voir les caissières d’une grande marque de distribution qui, comme vous le savez, voient leur emploi supprimé parce qu’il y a une mécanisation des caisses et je suis allée voir avec elles comment, justement, dans le cadre du nouveau compromis social, on peut permettre à ces grandes entreprises de distribution, au lieu de liquider les salariés, de créer des emplois supplémentaires ! Car si on a besoin de moins de caissières, alors mettons davantage de vendeuses dans les rayons, mettons des personnes pour accompagner les personnes âgées ou les personnes handicapées qui font leurs courses, créons des crèches d’entreprise avec de nouveaux métiers…

Patrick POIVRE D’ARVOR : Là, je vais vous arrêter…

Ségolène ROYAL : … C’est pour vous montrer qu’à partir d’un cas concret, il y a de nouvelles règles du jeu et de nouvelles valeurs. Et en tout cas sur mon caractère, je crois qu’il y a une qualité très importante qu’avait François MITTERRAND, c’est le sang-froid. Et pour tenir ce que j’ai tenu, je crois que je peux revendiquer aussi cette qualité.

Patrick POIVRE D’ARVOR : Je vous remercie, Ségolène ROYAL de vous être rendue à notre invitation. C’est la fin de " Face à la une " qui continue, d’ailleurs sur le site de la Rédaction sur tf1.fr avec trois questions exclusives que je vais poser à notre invitée du jour.

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