Bure et les déchets radioactifs :

quelle place pour le débat démocratique ?

L’épineuse question de la gestion des déchets radioactifs est en discussion au Parlement. Un premier vote des députés a fixé le socle de la future loi. Les sénateurs s’emploient à en faire bouger certaines lignes.

Le débat est national avec des enjeux environnementaux considérables. L’impact des décisions pourrait concerner des périodes excessivement longues, comme jamais l’humanité n’a eu à en prendre en compte.

Les avis des scientifiques sont loin d’être consensuels. D’autre part, dans le domaine nucléaire, l’information n’a jamais été caractérisée par la transparence. Le souvenir de Tchernobyl est encore bien présent dans les esprits. Le thème de la réversibilité est souvent source de confusion : réversibilité pour combien de temps ? réversibilité dans quelles conditions de sûreté ?

Si bien que la confiance est loin d’être au rendez-vous.

Dans ce contexte, la distance entre le citoyen ordinaire et les décideurs, qu’ils soient scientifiques ou politiques, paraît grande et hantée par l’obscurité et le doute, parfois l’incompréhension.

Des dizaines de milliers de signatures réclament un référendum local qui exprimerait la position des citoyens-électeurs. Est-ce la bonne réponse au déficit d’information et de démocratie qui marque ce dossier ? Elle aurait au moins le mérite de stimuler le débat et de lui donner du sens, alors que l’on observe que le " débat public " mis en place à grand renfort de communication n’a pas vu ses recommandations prises en compte !

De plus, les institutions n’autoriseraient même pas le Parlement à décider de l’ouverture d’un centre de stockage. En effet, le Ministre délégué à l’Industrie vient de rappeler devant la commission des affaires économiques du Sénat que "la Constitution ne permet pas au Parlement de se substituer à l’exécutif pour prendre une décision de nature éminemment technique ".

Une simple décision d’ordre technique ! Les années 2015 (année annoncée de la décision de création d’un centre de stockage) et 2025 (date à laquelle les premiers déchets pourraient être effectivement enfouis) risquent de marquer cruellement l’histoire à Bure, dans notre département et pour l’ensemble de nos sociétés.

Décidément, le décalage est immense entre le ressenti des populations, des citoyens et l’approche des décideurs.

Daniel Lhuillier, maire d’Abainville, conseiller général du canton de Gondrecourt.